Une journée à l’école des années 30

Ce mardi, départ 8h45 pour 1h30 de bus avec 56 élèves entre 6,5 et 8,5. Direction l’école des années 30, pour refaire la journée du 19 mars 1932 avec 56 têtes de 2017.

La sortie scolaire de l’année: l’école d’autrefois

Vous pouvez le dire, je me suis sentie l’envie de faire ma B.A! Accompagner les 2 classes pour la journée. C’est crevant ! Je fais face au bruit du car, aux odeurs, à l’excitation des enfants… Je dois mettre des bottes en caoutchouc, et me ranger avec ses copains… 1h30 se passe, direction la campagne bretonne.

BOTHOA, l’école des années 30.

Nous arrivons avec un beau soleil! Un froid de canard qui pousse les plus endormis à faire un petit footing dans l’herbe pour se mettre dans l’ambiance. Le maître nous attend dans la cour, posture droite, stricte et sans concession. Nous entrons silencieusement dans l’école restée intacte depuis toutes ces années. En Bretagne, beaucoup d’écoles publiques sont restées dans cette configuration. Pas d’effet WOUAH pour les élèves qui voulaient juste aller faire pipi dehors, au fond de la cour dans les cabanes. La plupart des garçons connaissent les pissotières! C’est toujours drôle.

Début de la classe, la morale du jour.

Comme en 1932, le début de la classe commence par 20 minutes de morale. Il s’agissait d’écouter ses parents (au sens de l’adulte) pour ne pas être punis. Le maître raconte sa petite histoire. Les enfants sont assis sur les bancs en bois, bras croisés, tête droite, dos bien droit. La morale explique ce qu’est un enfant désobéissant, fainéant, rêveur. Je vous épargne le résumé de cette morale, qui m’a parut terriblement longue et ennuyante. Mes mains sont engourdies par le froid, mes pieds ont envie de quitter le sol mais sont bloqués par ce pupitre qui me serre contre ma voisine. Je déteste être collé à quelqu’un! Encore plus d’une AVS, donc d’un adulte… Dans ma tête, je me focalise sur la mise en scène pour restée positive. Mon 7 ans a commencé à manifester son ennui, il est repris à l’ordre sévèrement par le maître. (Là, je souris intérieurement.)

La leçon d’écriture au porte-plume

Fascinée par ces belles lettres aux traits pleins, je me lance dans ma page d’écriture avec plaisir. Les CP, eux, me semblent dégoutés, désorientés , déstabilisés et pour certains terrifiés. “Ici seul le maître parle et c’est moi!” Dit le faux maitre en blouse grise, en tapant avec son bâton. Ouh la mauvaise, j’ai oublié mon vocabulaire concernant ce truc. (même du haut de mes 30 ans je l’ai connu pourtant, la posture du maître supérieur avec son bâton à la main pour réveiller les élèves endormis!) Je vois mon 7 ans sursauter. Il n’est pourtant pas trouillard. Il se dit que la masse de travail d’écriture avec un bidule en fer lui semble interminable. Le maître le réprimande, il tape sur sa table d’un coup sec. La leçon dure un peu plus d’une heure. Le temps m’a paru devenir une éternité! Je m’échappe en lisant la méthode BOSHER accrochée aux murs de la classe. 3 ème avertissement pour mon 7 ans, qui n’est pas bien assis les bras croisés, qui ne regarde pas le maître, qui ne participe pas. Il est menacé devant les 56 élèves d’une punition des années 30. Mise en situation des punitions de l’époque, tape sur les doigts, à genou sur un bâton , enfermé dans un placard…

Les enseignants rient. Ils apprécient le silence, les postures.

Déjeuner d’autrefois

Tout le monde a froid et faim. Nous allons au bourg, dans le bar-bistro-tabac prendre la soupe au pain et pain beurre en guise de dessert. Les élèves sont séparés par tables de 5-6, les copains turbulents sont éloignés. Nous mangeons. La soupe ne me parait pas tellement être une soupe d’autrefois et les remarques sur les enfants qui ne mangent pas de légumes et ci et ça me déplaisent fortement. Je suis un peu agacée par ces personnes qui éduquent et ont le savoir. Je reste à ma place, et à l’écart avec les enfants.

Retour aux animations

Nous retournons écouter le maitre pour un long récit sur la fabrication des jouets d’autrefois. Autrement dit, comment fabriquer des choses, des instruments de musique avec des branches ramassées sur le chemin. Mon 7 ans adore ça! Il ne participe pas, par méfiance. Et puis, il faut le dire, enlever l’écorce d’une branche même avec un couteau, il le fait à la maison. Pour ma part, je m’ennuie. C’est la fin, on sort pour aller visiter la maison de la maitresse.

Les enfants se dissipent, il fait froid, ils guettent la cour… On accélère le pas. On entre dans une maison d’époque. Le temps devient encore plus long pour moi! Soit on nous prend pour des imbéciles, soit ma vision est trop influencée. Mode robot enclenché, assis, debout, assis, ne touchez pas. Vous l’avez compris, j’ai détesté! On sort, on a 2 min pour reprendre le bus pour 1h30 de trajet. Retour à l’école.

Mon regard a 30 ans

17 heures, je suis heureuse de rentrer à la maison. J’ai faim, soif, froid et je me sens fatiguée. Mon 7 ans a des cernes, et est “barbouillé”. Un 8 ans devant nous a vomi dans le car. Mode robot toujours enclenché, pour la douche, les lessives, le repas. Tout le monde au lit! Je suis exténuée. Je suis surprise. Les retours de cette expérience de la part des adultes est surprenante. Ils me semblent nostalgiques!!!WTF!? Ils sont ravis de revoir du cadre et de la discipline. Ils envient le silence dans une classe, le respect, les règles. Ils viennent me voir génés de ma position de maman d’un enfant “à problèmes”, “qui n’est pas scolaire”. La maitresse me demande pourquoi j’ai choisis le prénom de mon fils, pour essayer de décontracter l’instant. Je me sens légèrement exclue du groupe des “adultes”. J’ai 30 ans passés. Je suis maman de 2 enfants. Cette journée je l’ai passé péniblement comme une enfant. Si nous devons expérimenter pour comprendre les méthodes d’autrefois, je peux trouver ça drôle. Si nous devons en faire l’éloge, je trouve ça infâme !

Mon père est né en 1937, en campagne. Ma grand-mère en 1900! Avant d’appartenir à son homme, elle était instit, puis a eu mon père tardivement. Elle a eu 5 enfants, qu’elle a allaité jusqu’à leur 3 ans, pour qu’ils ne manquent de rien. De 1932 à 1942, elle allaitait. Son homme refuse qu’elle travaille au bourg, elle passe ses journées à la maison ou à la ferme. Elle refusera que ses enfants soient scolarisés à l’école du bourg. A la ferme, elle est vite seule. Eloignée de 15 kms des premières maisons, les amies ou la famille les visitent très peu! Son mari est ressorti de la guerre de 14, il est invalide. Les enfants travaillent aux champs, les bosh les pillerons (bon ça c’est un peu plus tard). Sa maison ne ressemblait pas vraiment à celle de la maitresse de Bothoa. Les mots qu’elle avait étaient durs. J’avais 7 ans quand elle m’en parlait, elle me glaçait le sang! Elle était triste. Avant de mourrir elle m’a donné 500 francs et m’a dit, “l’argent c’est le nerf de la guerre!”

A 32 ans, je me dis qu’elle avait tellement raison! Pourquoi je n’ai pas été carriériste? Pourquoi je ne gagne pas un salaire stable et aisé me permettant de vivre éloignée des contraintes? Si j’avais un bon salaire en 2017, ma position sociale m’éviterait tous ces regards désobligeants sur mes enfants! Pourquoi!

Si j’avais de l’argent… j’éviterai l’école publique!

 

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